Mardi dernier, l’embargo était levé et le bureau vibrant d’excitation. Nous pouvions enfin révéler au monde que nous avions levé 60 millions de dollars de financement en série C.

Ce tour de table était mené par Point72 Ventures, avec la participation de Microsoft M12, Samsung Next, Greycroft, Scale Venture Partners, Notion Capital, Caixa Capital, Faber Ventures, FundersClub, Structure Capital, Indico Capital Partners et E.ventures, menant à un total de 91 millions de dollars investis depuis la naissance d’Unbabel en 2013.

Grâce à nos inlassables équipes, partenaires et clients, notre croissance fut fabuleuse. Nous sommes maintenant une équipe hétéroclite de plus de 240 employés répartis dans huit bureaux à Lisbonne, Pittsburgh, New York et San Francisco. Et à mesure que les volumes entrants atteignent des sommets record (plus d’un million de messages de service client traduits chaque mois depuis le trimestre dernier) notre flux de traduction basé sur l’IA et optimisé par l’humain continue sans relâche. Traduction ? Nous permettons à des grandes marques de 20 pays d’être orientées client.

Beaucoup de choses ont changé depuis 2013. Même depuis le début de l’année dernière, lorsque nous avions annoncé la série B, blottis autour d’un chauffage d’appoint, en plaisantant sur le fait que nous pourrions enfin payer la facture de gaz.

« Je pense que nous sommes certainement plus mûrs et plus sages. Nous avons une entreprise plus expérimentée, mieux préparée pour la suite. Nous avons bâti notre équipe de direction et notre équipe de gestion, et nous mettons en place une infrastructure qui nous permet de passer à l’étape suivante. Il y a eu beaucoup de changements », me dit Vasco.

Cette fois-ci, aucun chauffage d’appoint en vue ; et pourquoi y en aurait-il eu un au cours de cet été apparemment sans fin à Lisbonne ? Néanmoins, Vasco Pedro, notre PDG, et moi-même avons discuté de la série C, des perspectives d’Unbabel et du rôle joué par la culture dans le processus de collecte de fonds.

Une marge de développement

« La série C va nous donner les moyens de faire des choses plus significatives, d’accomplir plus en moins de temps et d’accéder à de nouveaux marchés plus rapidement qu’auparavant », déclare Vasco. « Nous parlons aujourd’hui d’une réelle croissance et de développer ce que nous avons fait jusqu’à présent à une échelle véritablement mondiale, et c’est vraiment passionnant. »

Au cours des deux prochaines années, il prévoit d’accélérer l’expansion aux États-Unis, en Europe et en Asie. « Je pense qu’il serait très intéressant de considérer Singapour, le Japon ou la Chine comme base potentielle en Asie. »

Nous continuerons également à perfectionner nos technologies primées d’estimation de la qualité et de post-édition, mais aussi à établir notre bureau le plus récent, le laboratoire de recherche de Pittsburgh, où Vasco a vécu pendant dix ans pour obtenir sa maîtrise puis son doctorat en technologies langagières à l’université de Carnegie Mellon. « C’est une ville qui me tient beaucoup à cœur », dit-il. « Les talents bruts qui sortent de l’université sont tout simplement époustouflants. Et puis le fait qu’Alon Lavie, l’un des experts mondiaux en matière de traduction automatique, rejoigne Unbabel pour diriger ce bureau témoigne de la façon dont cette communauté nous considère. »

L’accent est mis sur le service client

La vision de Vasco pour Unbabel n’a jamais changé, mais elle a mûri au fil des ans, surtout sa capacité à comprendre l’impact qu’Unbabel pourrait avoir et l’ampleur de cet impact.

Souvent, je me dis qu’on lance quelque chose sans vraiment comprendre son rôle dans le monde, mais on a le sentiment qu’il y a là quelque chose — il y a un produit que l’on veut créer, on a trouvé un meilleur procédé ou bien on a une nouvelle idée. Et puis, une fois que l’on commence à le créer et à l’utiliser, on a envie de réfléchir plus avant sur son rôle dans le monde. Plus on comprend le problème et l’impact des solutions, plus on est en mesure de définir une vision qui s’inscrit dans une perspective plus importante. Unbabel ne fait pas exception à la règle ; la portée de notre vision a évolué en même temps que nous. Mais tous les fondamentaux sont là.

L’objectif final est de devenir la strate de traduction de l’Internet et de mettre en place une plateforme de « traduction en tant que service » qui boostera à l’avenir les communications des entreprises. Mais pour l’instant, nous continuons à nous consacrer principalement aux interactions des services à la clientèle. « J’ai l’impression que nous ne faisons qu’effleurer le sujet pour le moment », explique Vasco. « Nous consacrerons nos efforts à faire en sorte que nos produit atteignent une renommée mondiale, mais également à renforcer la plateforme qui permettra à nos clients d’interagir avec ces produits. »

Développer la culture

L’un des principaux défis à venir est de développer la culture et d’améliorer nos lignes de communication, de bas en haut et de haut en bas. « Au fur et à mesure que le nombre de personnes augmente, la façon de communiquer devient de plus en plus importante, car les risques de malentendus augmentent aussi. Et donc, vous devez en permanence rendre les communications plus transparentes, ce qui n’est pas toujours facile », déclare Vasco.

Travailler dans sept bureaux répartis dans le monde et dans différents fuseaux horaires, pose encore plus de défis. Des moments réunissant tout le personnel de l’entreprise tels que les déjeuners du mardi et les réunions du vendredi, qui constituaient auparavant un aspect clé de notre expérience commune, deviennent extrêmement difficiles à coordonner, peu importe le montant que vous investissez dans des écrans, des caméras et des systèmes à distance haute résolution.

C’est pourquoi la culture est si importante pour nous. Il ne s’agit pas seulement de « happy hours » ou de tables de ping-pong. La culture fournit un système de valeurs qui aide à guider nos actions, notre façon de travailler et la manière dont nous passons du temps ensemble à mesure que nous évoluons. Et à l’évidence, les investisseurs en tiennent compte. Comme me le confiait Vasco : « La culture se manifeste de nombreuses façons. » Du type d’événements que nous organisons aux gens que nous attirons, en passant par la manière dont ils parlent de l’entreprise à leurs amis et à leur famille. Quand les investisseurs nous rendent visite à Lisbonne et découvrent la société, ils ont l’occasion de voir des gens travailler ensemble, se retrouver dans la cuisine, plaisanter entre eux. « Au niveau de base, ils peuvent voir que tout le monde est à l’aise. Que les employés se sentent bien, motivés, heureux d’être là. »

Et je pense que cela est vrai pour un investisseur à n’importe quel stade, mais en réalité, plus la culture est ancienne, plus elle a de l’importance. Lorsqu’elle en est à ses balbutiements, il n’y a pas beaucoup de données pour indiquer clairement si une entreprise va réussir. Cela dépend donc beaucoup de la cohésion de l’équipe et de la capacité de l’entreprise à faire face aux défis pour en sortir plus forte. La culture est ce qui unit les gens.

Trouver les bonnes personnes

L’un des principaux défis des prochaines années consiste donc à adopter une culture solide et à l’entretenir au fur et à mesure que la société se développe. Cela pourrait se résumer simplement : « Engagez des personnes exceptionnelles, créez des équipes formidables et par la suite, ne vous en mêlez surtout pas », mais c’est beaucoup plus que cela. Il s’agit de créer une infrastructure et des processus permettant d’attirer et de retenir des talents exceptionnels, ainsi que de créer les conditions nécessaires pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Il est donc essentiel d’investir dans la constitution d’une équipe de ressources humaines capable de gérer tous les processus, tels que les cheminements de carrière et l’avancement professionnel ; ces derniers permettent aux membres de votre équipe de trouver un sens à leur rôle au sein de l’entreprise, de savoir également où ils peuvent aller et comment y parvenir. « Un conseil, investissez dans les processus de ressources humaines le plus tôt possible. En général, quand les gens réalisent qu’ils en ont besoin, il est déjà trop tard. » Ces processus sont importants non seulement pour la structure qu’ils créent, mais aussi pour la transparence et la clarté qui en découlent.

« Je pense que le plus important est de trouver des personnes qui vous complètent vraiment, qui sont brillantes et qui peuvent vous aider à bâtir ce que vous avez envisagé. Je trouve d’excellents investisseurs qui comprennent notre vision, et ces deux choses vont de pair. Les bonnes personnes veulent faire partie de bonnes entreprises ; il en va de même pour les bons investisseurs. »

Quand il s’agit de revenir sur tous les choix que les fondateurs ont faits au fil des ans, Vasco n’est pas du genre à les remettre en question. « Je pense que nous aurions pu économiser notre temps sur certaines choses. Mais tout cela faisait partie du processus d’apprentissage. Donc en même temps, si nous n’avions pas fait ces choses, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Je suis ravi des choix qui nous ont amenés au point où nous en sommes. »