Présentation du PodcastUnbabel

Chez Unbabel, notre objectif est de créer une compréhension universelle, et nous ne sommes pas seuls. Chaque semaine, nous présentons des dirigeants, des chercheurs, des artistes et des auteurs qui développent la compréhension dans leurs domaines, pour découvrir comment ils travaillent et ce qui les motive.

Il y a quelques semaines, nous nous sommes entretenus avec Paula Kennedy. Comme beaucoup avant elle, lorsque Paula Kennedy venait tout juste de sortir de l’université, elle accepta un poste de débutante dans un centre d’appels. Elle gravit ensuite les échelons d’une entreprise comptant plus de 200,000 employés pour devenir vice-présidente de Concentrix.

En plus d’avoir remporté de nombreux prix, Paula est une championne de la diversité, une porte-parole pour les femmes et quelqu’un qui révolutionne notre secteur. Elle a plaidé en faveur du travail à distance avant même que cette crise sanitaire ne bouleverse le monde.

Dans le premier épisode du podcast d’Unbabel, nous avons interrogé Paula sur sa carrière, sa vie et l’avenir du travail. Après tout, si elle a réussi à décoder le secret de la conciliation vie privée/travail (et non l’inverse), nous voulons qu’elle nous le révèle.

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Voici une transcription légèrement révisée de l’entretien.

Fernando : Bonjour, Paula. Bienvenue dans le podcast d’Unbabel. Vous avez déjà accompli tant de choses dans votre carrière. Avez-vous toujours rêvé de devenir un chef d’entreprise international ? 

Paula Kennedy : Mon Dieu, rêver d’être un chef d’entreprise international… Vous savez, je pense que la carrière de n’importe qui… Le conseil que je donne toujours aux gens que je forme, aux gens qui me parlent est en fait : votre voie vous trouvera.  

 Je travaille dans ce secteur depuis plus de 20 ans, bien plus que je ne veux probablement l’admettre dans un podcast ! Je travaille dans ce secteur depuis longtemps. J’ai occupé pas mal de postes différents dans ce secteur. Donc, au fil du temps, on acquiert de nouvelles compétences, on découvre de nouveaux domaines et on évolue au fur et à mesure que la technologie se développe.

Et cela vous ouvre donc tellement de portes. Donc, si je regarde en arrière et qu’on m’avait dit à ce moment-là ce que j’allais réaliser, ce que j’allais faire ou jusqu’où ma carrière me mènerait, je n’aurai sans doute pas réalisé. Mais maintenant je sais que ça peut prendre de nombreuses directions différentes parce que vous trouvez ce que vous aimez. Et c’est ainsi que vous suivez votre rêve.

Fernando : Les études que vous avez suivies ne vous destinaient pas à ça.

Paula Kennedy : J’ai un diplôme en langues, donc je n’ai pas étudié pour me lancer dans la technologie ou dans la gestion de la relation client. J’ai un diplôme en langues et un diplôme de troisième cycle en marketing. Alors… C’est très différent, et j’ai en quelque sorte commencé dans le domaine du centre de contact au tout début pour gagner un peu d’argent et voyager, quand j’étais beaucoup plus jeune ; tout est parti de là. Alors qu’un secteur commençait à prendre forme, j’étais peut-être juste au bon endroit au bon moment pour évoluer avec lui.

Fernando : Chez Concentrix, vous avez actuellement un projet, puis-je dire que c’est votre bébé appelé Solv. 

Paula Kennedy : C’est mon bébé, oui.

Fernando : Pouvez-vous nous présenter votre bébé ? De quoi s’agit-il ?

Paula Kennedy : Ouais, Solv est super. Nous allons bientôt fêter son premier anniversaire de mise sur le marché. Solv est la solution de Concentrix pour fournir une expérience client, un service client aux marques en tirant parti des forces de la gig economy (« économie des petits boulots payés à la tâche »).

Donc révolutionnaire même pour notre activité principale. Puiser dans une communauté, créer un modèle de crowdsourcing et fournir un support virtuel à tout moment et n’importe où. Donc ce n’est pas encore quelque chose de bien établi dans ce secteur. Nous avons été les premiers à adopter cette méthode, et ce fut une année incroyable où nous avons appris en nous amusant, surtout en nous amusant.

Fernando : Vous avez parlé de gig economy, Solv est-elle un genre d’Uber du service à la clientèle ou n’aimez-vous pas les comparaisons ? 

Paula Kennedy : Ah, je ne compare pas vraiment une marque à une marque. 

Ce que nous faisons est très différent. L’activité d’Uber, comme vous vous le savez, est principalement consacrée au transport, très orientée logistique ; leur modèle fonctionne depuis des années et est efficace. Ce que nous visons, c’est d’externaliser le support client de manière efficace. Et cela peut être n’importe quoi de nos jours, du service client au support technique,

ce pourrait être la modération en ligne, cela pourrait être la surveillance des réseaux sociaux. Vous savez, le spectre de ce qu’est vraiment la gestion de la clientèle est tellement large ; nous avons la flexibilité de le faire de façon complète au moment et à l’endroit qui nous conviennent aussi longtemps que nous le souhaitons. C’est donc un modèle différent et qui fonctionne dans un environnement de travail traditionnel, mais il ne s’agit pas ici de chauffeurs ou de passagers. Cela permet donc à beaucoup d’autres personnes de faire autre chose.

Fernando : Vous parliez de l’avenir du travail et que la gig economy en fera très certainement partie. Plus de 200,000 personnes travaillent chez Concentrix. Vont-ils être remplacés par des agents Solv ?

Paula Kennedy : Non, je veux dire, notre entreprise continue de croître. Je pense que dans toutes les entreprises, tout le monde est très conscient du fait que le monde change.

Il change en ce sens que les consommateurs attendent plus des entreprises auprès desquelles ils achètent et obtiennent des services. Et cela signifie que cette exigence d’être toujours présent 24 h/24 et 7 j/7 pour le monde connecté dans lequel nous vivons est en effet une réalité. Et du point de vue des effectifs, il y a une transition de ce que nous appelions auparavant la conciliation travail/vie privée vers la conciliation vie privée/travail, vous voyez ?

Les gens veulent donc avoir plus de flexibilité et nous sommes conscients que dans le monde fou dans lequel nous vivons, au rythme effréné, trouver du temps à consacrer à la famille pour faire les choses qui sont importantes à nos yeux peut parfois être compromis. Ainsi, à mesure que de nouveaux segments démographiques et de nouvelles générations arrivent sur le marché du travail, ils cherchent et demandent des choses différentes, et probablement même ma génération le faisait déjà lorsque j’ai débuté.

Et nous devons garder cela en tête lorsque nous élaborons des stratégies et des plans concernant ce qui se passera à l’avenir. Dans l’absolu, existe-t-il une possibilité que le genre de travail que nous effectuons au sein de Solv en tirant parti de la gig economy puisse entraîner une différente manière de gérer le support client ?

Oui. Mais cela demande une organisation assez avisée et audacieuse pour reconnaître cela, s’y faire et comprendre qu’il faut accepter le changement si vous souhaitez survivre au futur.

Fernando : Vous avez dit quelque chose qui a attiré mon attention sur la conciliation travail/vie privée, vous l’appelez la conciliation vie privée/travail. Alors pourquoi intervertir l’ordre, est-ce que cela signifie que tout ce qui n’a pas trait au travail est plus important ?

Paula Kennedy : Je pense qu’il s’agit de reconnaître son importance ; pensez à une journée typique pour beaucoup de gens qui vivent en ville. Ils se lèvent très, très tôt pour faire un trajet dans les transports en commun aux heures de pointe, arriver à leur travail, faire leur journée de neuf à cinq et recommencer.

Et de temps en temps, il peut arriver que vous passiez plus de 12 heures par jour à ne pas être chez vous pour avoir du temps pour vous. Et il faut dormir aussi, entre tout ça. Donc, comparez cela à la différence de maintenant, des postes de gestion de la clientèle disponibles dans les zones les plus reculées, où vous n’avez pas à faire de trajet dans les transports en commun.

Non seulement c’est bon pour l’environnement, et également bon en matière de responsabilité sociale des entreprises et des marques, mais il y a aussi le facteur de santé et de bien-être à prendre en compte, genre : « oui, ma vie m’importe beaucoup et je pense à toutes ces heures que j’ai passées dans une voiture, un train ou un autobus. Je dispose de toutes ces heures chez moi.

Je peux travailler, je peux faire une pause. Je peux être plus flexible, travailler, m’arrêter, et faire d’autre choses. » Donc je suppose que c’est à chaque individu de décider ce qui fonctionne pour lui.

Mais nous sommes loin de l’époque où on pointait à neuf heures en arrivant et à dix-sept heures en partant, dans un environnement de bureau. Ces temps changent et les choses bougent de plus en plus rapidement concernant le télétravail.

Fernando : Vous avez mentionné une gestion de la clientèle, parce que c’est évidemment votre domaine, mais pensez-vous qu’il s’agit d’une transition qui se généralise dans de nombreux secteurs ?

Paula Kennedy : Il y a effectivement une transition. Nous voyons le changement dans les entreprises qui font la promotion du télétravail, que ce soit de façon hybride ou en essayant d’introduire ces politiques dans leur entreprise. Ensuite, vous examinez les petites startups courageuses qui traversent cela.

C’est exactement ce qu’elles font. Elles commencent à travailler à distance à 100 % et n’ont pas du tout de bureaux. Il est évident que les avantages commerciaux qui en découlent pour une entreprise sont vraiment non négligeables. Mais selon le type de travail que vous faites, vous travaillez dans les mêmes conditions que dans l’infrastructure normale d’une entreprise ou d’une compagnie ; il y a beaucoup de choses qu’il faut garder à l’esprit concernant cela.

Implication des employés, rester en contact, communication. L’ensemble d’outils est différent. C’est une façon de travailler différente. Je pense que ce que nous faisons grâce à la gig economy de Solv, c’est de permettre aux gens de pouvoir exercer un métier pour lequel ils devraient normalement prendre les transports en commun pour se rendre dans un centre de contact et faire ce qu’ils peuvent maintenant faire depuis leur domicile, et à un moment qui leur convient ; nous avons délibérément émancipé ce travail pour qu’il ne soit pas soumis à des horaire précis. Nous l’avons modélisé en gig economy parce que c’est une toute nouvelle force de travail qui arrive et qui évolue en permanence, vous voyez ? Comme personne d’ailleurs ne l’a encore tout à fait compris, car la législation, au mieux, est différente, même d’un pays à l’autre ou d’un état à l’autre, nous devons donc également étudier cet aspect avec respect et précaution, et nous assurer que nous faisons la bonne chose alors que nous commençons à peine à développer les pratiques de gig economy, et nous assurer que nous faisons ce qu’il faut pour les employés du futur.

Fernando : À propos de ce sujet, pensez-vous que la bonne législation est en place, qu’elle est en train d’être créée ? Est-ce que vous anticipez ce qui se passera après la mise en place de cette législation, quelle est la bonne chose à faire ? Et si vous aviez votre mot à dire dans cette législation, quels seraient les domaines prioritaires pour vous ?

Paula Kennedy : Je ne pense pas qu’elle soit complète, en aucune façon. Je pense que c’est la raison pour laquelle il y a tant de battage autour et pourquoi il y a des opinions contradictoires selon lesquelles la gig economy est soit bonne, soit mauvaise. Les opinions sont extrêmement fluctuantes. Et l’on peut voir que les gens font passer des lois de manière incohérente dans de nombreux domaines parce que je pense que chaque cas et chaque exemple sont examinés individuellement, et ce n’est pas comme si la gig economy était nouvelle, loin de là.

Elle existe depuis un certain temps, mais elle est revenue au premier plan et prend de l’ampleur. Et cela demande un examen minutieux. Mais à quoi devons-nous faire attention ? Je ne sais pas si nous avons la liste de contrôle des bonnes choses à faire et si tout est prévu. Mais je pense que ce que nous allons assister à une petite évolution, à savoir étudier ce qui est bon pour l’employé.

L’environnement dans lequel il travaille, les moments où il travaille, s’assurer que les emplois et les tâches que l’on propose sont justes et que les salaires, traitements et avantages sociaux correspondent à ce qu’ils étaient en dehors de cet environnement de gig economy. Et cela prendra du temps pour évoluer et se généraliser, vous savez ? Nous en sommes encore loin.

Mais, c’est être un acteur responsable dans ce domaine que de l’influencer et de chercher où se trouvent les opportunités, d’introduire de nouvelles choses, de tester d’apprendre et de voir ce qui fonctionne. Je suis vraiment, vraiment satisfaite des progrès que nous avons réalisés dans le domaine de la gig economy au cours des 8 à 10 derniers mois. Mais nous avons procédé très prudemment pour nous assurer que ce que nous faisons est la bonne chose pour nos agents Solv, pour notre propre marque Concentrix et surtout pour les marques et les clients qui travaillent sur la plateforme.

Fernando : Pensez-vous qu’à l’avenir, il sera possible de faire carrière, et une carrière réussie, en travaillant ou du moins en commençant à travailler dans le domaine de la gig economy ? Quand on voit comment vous avez commencé en tant qu’agent de service client pour maintenant être vice-présidente de Concentrix, pensez-vous qu’un(e) agent(e) Solv d’aujourd’hui pourrait être une future Paula ?

Paula Kennedy : Ce qu’il y a de bien avec les agents Solv qui postulent et ont envie de travailler sur la plateforme Solv est qu’actuellement, généralement pour un deuxième revenu, ils apportent une expertise vraiment approfondie du support client. C’est donc un modèle très différent des entreprises traditionnelles, où l’on embauche plus souvent des débutants qui doivent suivre une formation avant de passer une période d’essai pour parfaire leurs compétences. C’est un peu le modèle typique auquel nous avons tous été habitués. Nous avons assisté à quelque chose de très différent, ce qui signifie que nous pouvons évoluer, et redoubler d’efforts en quelques jours plutôt qu’en quelques semaines. Nous pouvons acquérir des connaissances, et voir des niveaux de compétence établis, bien mieux qu’avant, et en quelques heures, et non en quelques jours parce que nous disposons de personnes qui apportent déjà compétences, ancienneté et expertise.

Je pense donc que c’est une dynamique très différente. Et on apprend de tout. Ainsi, les données que nous recueillons de tout cela, de chaque expérience que nous avons, jouent un rôle très important dans la prise des prochaines décisions et pour les prochaines fonctionnalités que nous ajouterons à la plateforme, dans les partenariats et alliances que nous construirons ; tout cela est généré grâce aux données, à l’apprentissage et aux informations que nous obtenons également de nos agents Solv.

Fernando : Vous avez mentionné plusieurs fois avoir eu d’excellents mentors. Ont-ils eu une influence à chaque étape de votre carrière ? Comment cela a-t-il fonctionné ?

Paula Kennedy : Absolument. Vous savez, je suis convaincue que nous sommes responsables de notre propre destin et de nos ambitions concernant ce que nous voulons dans la vie. Et c’est très personnel. Ce n’est pas parce que Paula voulait faire A, B et C que c’est forcément le cas d’une autre personne, et nous avons tous des ambitions différentes, mais mon expérience personnelle a été de remarquer des personnes avec lesquelles j’ai travaillé, et en effet, parfois en dehors du travail, vous remarquez une personne qui vous inspire ; vous voyez ce qu’elle a accompli, comment elle a procédé et ce qu’elle a réalisé, et vous vous dites : « oui, cela fonctionnerait pour moi. » Il ne faut pas hésiter à approcher une telle personne et à lui demander un soutien en tant que mentor, car avoir un mentor au travail est tellement, tellement important.

Je conseille également des personnes plus bas dans la hiérarchie. Donc on voit les deux côtés au moment où on peut donner des conseils, mais vous savez, vous n’êtes jamais trop expérimenté ou à un niveau trop élevé pour apprendre de quelqu’un. Je pense donc qu’avoir un mentor et conseiller au travail est une chose extrêmement importante, et cela m’a vraiment bien servi.

Il y a des gens que j’ai remarqués tout au long de ma carrière dont je dirais toujours qu’ils sont mes « go-tos » ou référents, que je n’hésiterais pas à appeler, même si je ne travaille plus avec eux. Nous ne travaillons peut-être pas dans la même équipe, ou dans la même entreprise, mais oui, le mentorat est une chose particulièrement importante.

Fernando : La plupart des gens sont d’accord avec cela et pensent que ce serait une bonne chose, mais ils ne se sentent pas vraiment à l’aise ou ne savent pas comment faire pour demander à quelqu’un de les encadrer. Donc vous avez votre manager dont vous attendez à l’évidence de l’aide, mais en dehors, ailleurs dans une autre partie de l’entreprise, ou même à l’extérieur. Et que feriez-vous, diriez-vous, « je vous admire vraiment et j’aimerais que vous soyez mon mentor » ?

Paula Kennedy : Oui. Vous savez, c’est gênant. Ce n’est pas moins embarrassant que la première fois que vous allez à un événement de réseautage ou que vous assistez à une réunion. Ces premières fois sont toujours très intimidantes. Sur le lieu de travail, je pense que cela dépend beaucoup de la culture de l’entreprise pour laquelle vous travaillez également. S’il y a une culture, ce serait celle de vraiment encourager et influencer les gens pour qu’ils dévoilent la meilleure version d’eux-mêmes et qu’ils s’efforcent toujours de passer à l’étape suivante. Les bonnes entreprises veulent que les personnes en bas de l’échelle gravissent les échelons car la fidélité à la marque et à l’entreprise, et ce développement de compétences et de connaissances inhérentes au support client sont des choses que vous devez absolument conserver précieusement. Cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas également dépasser les limites de vos fonctions, mais c’est ce que vous voulez faire. J’encourage donc toujours les gens à avoir des conversations en tête-à-tête avec leur supérieur hiérarchique.

Cette relation marchera toujours jusqu’à un certain point, mais peut-être qu’une personne souhaite acquérir des compétences différentes de celles pour lesquelles elle est employée. Donc, encore une fois, je vous encourage à rechercher un mentor dans des domaines et auprès de personnes qui ne sont pas toujours nécessairement de votre domaine à vous. Vous voyez ? Parce que vous voulez vous mettre au défi.

Vous devez vraiment vous demander si vous montrez la meilleure version de vous-même, s’il y a d’autres choses que vous pouvez apprendre, et parfois la meilleure façon de le faire est d’être encadré par quelqu’un qui travaille dans un domaine totalement différent, mais qui est performant, et être inspiré par quelqu’un peut vous faire accomplir tant de choses.

Donc, peut importe quoi, cherchez et trouvez ce réseau pour vous aider à le faire, mettez à profit les outils et les personnes que vous avez autour de vous, et vous en serez grandement récompensé.

Fernando : Et vous avez mentionné que vous-même encadriez d’autres personnes. Comment trouvez-vous le temps pour cela ?

Paula Kennedy : Eh bien, c’est une chose importante à faire. Donc, si vous avez une équipe, c’est vrai, le travail est important. La performance est importante. Les résultats sont très importants, mais rien de tout cela ne se produit si les gens ne sont pas heureux et motivés. Donc, avec votre propre équipe, vous devez prendre le temps de sortir, et de pratiquer un mentorat non professionnel ; au sein de Solv, nous organisons des choses comme des brunchs en dehors du travail, où nous parlons de ce qui se passe.

Vous voyez de quoi je parle. Nous parlons de travail, du travail que nous avons à faire bien sûr. Mais ensuite nous faisons une pause et nous parlons de ce qui se passe d’autre dans la vie ! Nous avons des séances en petits groupes, ou en tête-à-tête. Mes équipes ont du temps dans leur agenda, et si elles veulent le passer avec moi, ce temps existe. Mais le seul ordre du jour est : si ce n’est pas au sujet du travail, c’est pour d’autres choses. Mais je suis également impliquée dans de nombreux organismes et associations locaux, en particulier pour aider la cause des femmes au travail. Je suis passée par là à l’époque. Et si on peut donner en retour, c’est une bonne chose, non ? Donc, si nous voulons vraiment promouvoir toute cette diversité dans le milieu du travail, et vraiment encourager… Les femmes en particulier sont moins à l’aise pour solliciter un mentorat et elles sont aussi moins à l’aise dans un environnement de réseautage ; il faut donc créer un environnement avec des gens en qui elles peuvent avoir confiance et les aider dans leur parcours. Croyez-moi, je profite autant du mentorat que les personnes que je conseille.

Fernando : Et il y a quelque chose qui pourrait aider les gens à se sentir plus à l’aise pour demander, c’est de savoir d’abord que les personnes occupant certaines positions veulent donner en retour et qu’ils peuvent en retirer également quelque chose. Il n’y a donc aucun problème à demander.

Paula Kennedy : Et tout le monde n’a pas le privilège de travailler pour une grande entreprise comme Concentrix où nous avons beaucoup de gens autour de nous et où les équipes sont importantes. Il y a beaucoup de gens vraiment formidables qui ont du potentiel, mais ils ont peut-être leur propre entreprise ou bien ils travaillent dans une petite entreprise où ce genre d’encadrement n’est tout simplement pas disponible.

Donc, sortir de l’isolement et disposer d’un réseau de personnes à qui l’on peut poser des questions, et disposer de gens d’horizons différents, encore une fois, donne une perspective différente sur ce que l’on veut savoir, ce que l’on veut entendre, ce que l’on veut faire et permet de remettre en question ses propres décisions. Et c’est une bonne chose.

Fernando : Vous avez soulevé le point sur le fait que moi, j’avais des sentiments mitigés à ce sujet, car avec une femme occupant une position élevée dans une grande entreprise, le sujet de la parité hommes/femmes est évident. Mais j’ai aussi le sentiment que vivre en 2020, c’est vivre en quelque sorte dans le futur. Est-il toujours logique d’avoir cette conversation ? Est-ce toujours important ?

Paula Kennedy : À cent pour cent. Donc, ne vous sentez jamais, jamais mal à l’aise. Ce que je vous demande donc, c’est de ne jamais vous sentir gêné d’avoir cette discussion sur la parité, car en fait l’égalité des sexes, c’est justement de pouvoir discuter aussi librement entre femmes et hommes qu’entre femmes. Vous voyez ? Il est donc très important que nous soyons tous ouverts à tout.

Et ce n’est plus seulement une question de genre, non ? Il s’agit de diversité et d’inclusion des salariés. Et ces deux choses ne sont pas nécessairement directement liées, non ? Il s’agit d’inclusion, d’inclure des personnes de tous horizons, toutes races, toutes religions, toutes compétences, tous genres. Tout ce qui concerne le type de décisions prises dans le cadre d’une innovation commerciale dans une entreprise et tout ce qui signifie des opportunités pour tout le monde.

C’est donc un sujet vraiment, vraiment important que nous devons garder à l’esprit et nous devons être à l’aise pour en parler, parce que c’est la nouvelle normalité, vous voyez ? Mais ce n’est pas équilibré. Nous ne vivons pas dans un monde à 50/50, nous devons donc continuer à en parler et à apporter des changements.

Fernando : J’ai remarqué, en tout cas, je trouve intéressant que vous soyez une porte-parole de l’égalité hommes/femmes au travail, mais j’ai l’impression que vous rejetez l’étiquette de féministe et que vous préférez celle d’égalitariste.

Est-ce un choix conscient de votre part ?  Est-ce gênant d’utiliser le mot « féministe » dans le monde de l’entreprise ?

Paula Kennedy : Non, je suis vraiment surprise que vous disiez ça. Je dirais que je suis fièrement féministe, probablement plus féministe que je ne l’aurais peut-être même admis auparavant.

Parce j’ai vécu une période pendant laquelle « féminisme » semblait n’avoir pas beaucoup d’impact, vous voyez ? Ce n’est vraiment pas le cas. Il s’agit d’encourager les femmes à être extraordinaires, à être géniales. Elles le sont. Il n’y a rien de mal à être féministe. Vous pouvez être féministe en tant qu’homme, vous pouvez être féministe en tant que femme, et c’est une bonne chose.

J’encourage mon neveu de cinq ans à être féministe, vous savez ? Parce que nous avons tous le devoir d’adopter cette mentalité d’égalité pour tous. Et encore une fois, il n’est pas question uniquement de genre.

Mais non, ça va. Je porte cela avec fierté. 

Fernando : D’accord, vous faites partie du mouvement Lean In qui s’inspire du livre de Sheryl Sandberg, directrice des opérations Facebook. Pouvez-vous expliquer ce qu’est le mouvement Lean In ?

Paula Kennedy : Vous savez, le livre « En avant toutes » (« Lean In », en anglais) a été écrit il y a quelques années par Sheryl, mais les principes, même si son livre était très axé sur la parité, les principes s’appliquent à tout. Et il s’agit de ce message concernant l’égalité et la diversité, et il s’agit de donner la parole à chacun.

Vous savez, si vous êtes dans une pièce et que quelqu’un n’ose pas parler parce qu’il y a des supérieurs hiérarchiques et que la personne a l’impression que ceux-ci ne peuvent pas l’encourager à donner son avis, approchez sa chaise de la table… assurez-vous d’offrir à chacun une approche juste et raisonnable pour tout faire. Et le programme de Sheryl est absolument fantastique.

Je veux dire, sa portée dans le monde est extraordinaire. Les outils et les ressources qui sont proposés par Lean in, qui est à but non lucratif, aux entreprises pour en faire partie et l’indépendance pour en faire partie. Donc vous voyez des cercles Lean In et les sections et les réseaux se multiplient, dans des pays et des villes et dans les entreprises.

Ça m’a séduit parce que, vous savez, nous parlons beaucoup, et ça continue trois ans après ma première participation au programme. Nous parlons beaucoup maintenant, vous savez, de diversité et de la façon dont elle a évolué positivement et dont nous nous sommes améliorés. Mais il y a trois ans, c’était bien différent par rapport à aujourd’hui. Et nous sommes loin d’être parfaits pour le moment.

Et en tant que femme qui a fait carrière en grimpant les échelons, j’ai effectivement vécu cette situation. Je dis cela sans vouloir être désobligeante envers mes homologues masculins et mes pairs qui étaient des gens formidables et qui ont toujours travaillé avec moi. Mais c’était visible : plus vous montez dans la hiérarchie, moins vous voyez de femmes à ces postes.

Donc honnêtement, s’il y a une chose que je pourrais retenir à la fin de ma carrière en regardant en arrière, et que j’ai le sentiment d’avoir eu une influence sur une seule personne ou d’avoir pu l’aider à se sentir plus à l’aise pour saisir une opportunité, alors je pourrai dire « travail accompli ! ». C’est une bonne chose. Il s’agit simplement de l’aptitude à amener beaucoup de gens avec le même état d’esprit à tirer vers le haut la prochaine personne et à lui donner un coup de main, c’est vraiment de cela dont il s’agit.

Fernando : Est-ce que n’importe qui peut rejoindre un cercle et comment fait-on ?

Paula Kennedy : Même les gars. Voilà ! C’est très inclusif. Même les hommes ! Oui, ils peuvent y adhérer, je veux dire, c’est un programme parmi tant d’autres. Et je pense que vous avez de plus en plus d’entreprises qui créent leurs propres programmes de diversité et d’inclusion ; pour Concentrix, c’est tellement important que nous encourageons et visons un objectif d’une parité à 50/50 à tous les niveaux dans tous les pays.

Et nous avons obtenu des résultats incroyables, extraordinaires en réalisant cela, et mieux encore. Je m’emploie à encourager vivement les entreprises et les dirigeants à donner l’exemple et à faire cette différence, et à rendre les opportunités disponibles pour tout le monde.

Fernando : Donc, l’un des problèmes avec la diversité et spécifiquement avec la parité hommes/femmes, c’est le sujet de l’égalité des salaires et de l’écart de rémunération, et certains pourraient soutenir que c’est la faute des femmes, parce qu’elles ne savent pas négocier pour elles-mêmes. Donc, quel conseil donneriez-vous aux femmes quand il est temps de négocier leur salaire ?

Paula Kennedy : Donc, tout d’abord, je veux m’adresser à ces gens qui pourraient dire « on en parlera plus tard ». Mais vous savez, c’est l’un des défis.

C’est une question de confiance, et il s’agit de ces ressources et outils, de la façon dont vous encadrez et dont vous aidez, parce que vous savez, les données donneront raison au fait que, si des emplois sont disponibles ou des salaires doivent être négociés, vous savez, les gars, les hommes regardent généralement les offres d’emploi et ils se disent : « je suis capable de faire la plupart de ces choses, je vais tenter ma chance ». Nous les femmes ne le faisons pas, nous avons tendance à attendre de nous perfectionner dans tous ces domaines avant d’essayer et… cela aide les gens à faire ce pari sur l’avenir. Croyez-moi. J’ai fait régulièrement des paris sur l’avenir tout au long de ma carrière lorsque je n’étais peut-être pas prête à 100 %, mais que je savais que j’en étais capable. Ayez donc le courage de savoir que vous pouvez et que vous allez le faire, et entourez-vous des bonnes personnes pour vous aider à y parvenir, et vous y arriverez, et plus encore, puis vous sauterez sur l’occasion suivante, puis sur la suivante encore.

Et c’est vraiment de cela qu’il s’agit. Cela dépend de la façon dont nos cerveaux sont programmés, mais nous pouvons nous entraider en faisant cela, et nous pouvons identifier ces choses. Et c’est pour cela que je veux vraiment faire passer ce message selon lequel il faut créer un environnement inclusif qui n’est pas uniquement axé sur le genre.

Il s’agit des deux. Parce qu’il s’agit aussi des femmes qui font prendre conscience à leurs pairs, leurs pairs masculins et aux hommes dans l’entreprise que c’est ainsi que nous sommes. Parce que vous ne le savez peut-être pas. Vous pourriez ne pas vous identifier à cela. Nous devons donc vous le dire aussi, vous voyez ? Et c’est une chose qui marche dans les deux sens, alors…

Fernando : Ainsi, outre le genre, vous l’avez mentionné, il existe d’autres types de diversité dont les entreprises devraient se soucier.

Selon vous, quels sont les problèmes les plus importants auxquels nous sommes confrontés en ce moment en termes d’inclusion et de diversité non liés au genre ?

Paula Kennedy : C’est simple, nous devons juste prendre des décisions en nous basant sur le talent. C’est la personne la plus compétente qui devrait obtenir le poste, indépendamment du genre, de la couleur des yeux, de l’orientation sexuelle, des capacités physiques.

Cela semble vraiment simple. C’est juste que ce n’est pas nécessairement appliqué partout. Nous avons encore beaucoup de travail à faire en ce sens, et nous devons prendre plus conscience de ce qu’il faut accomplir pour arriver à faire en sorte que tout le monde se sente bienvenu sur les lieux de travail. Donc, voilà, tout le monde doit avoir la même capacité, les mêmes opportunités.

Et je pense que lorsque vous… une fois de plus, les données le vérifieront, mais lorsque vous avez des environnements de travail beaucoup plus diversifiés, l’innovation, les idées et les résultats commerciaux qui en découlent se verront dans les résultats nets. Donc c’est la bonne chose à faire ! Nous devons tous le faire de façon un peu plus consciente et active.

Fernando : C’est parfaitement logique, mais êtes-vous d’accord pour dire que dans certains secteurs, comme l’informatique, par exemple, les préjugés sont si fortement ancrés depuis l’université que la meilleure personne disponible pour le poste finit le plus souvent par être un homme plutôt qu’une femme. Dans ces cas, comment créez-vous un environnement plus équilibré ? 

Paula Kennedy : Vous savez, cela commence bien avant que quiconque ne soit prêt à postuler pour un emploi. Il faut commencer par l’éducation. Cela doit commencer dans les écoles et les universités, vous voyez ? Il y a tellement d’excellents ambassadeurs qui dirigent des programmes STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques) pour aider les filles à se lancer dans les sciences et la technologie ou d’autres domaines similaires. Oui, aujourd’hui, il y a un déséquilibre et cela ne changera que lorsque plus de filles et de femmes travailleront dans ces secteurs, mais les résultats seront encore meilleurs si l’on encourage les femmes à postuler également pour ces postes.

Et nous avons parlé un peu plus tôt de l’avenir du travail. Je veux le dire, encore une fois, nous nous concentrons sur les choses qui se passent dans l’espace de travail traditionnel, mais regardez simplement combien de portes s’ouvrent quand on instaure le télétravail : les personnes qui ont un handicap, par exemple, peuvent toujours exercer ces métiers depuis chez elles, sans avoir à faire de trajets dans les transports en commun pour venir en ville.

De nombreux éléments entrent en compte ici. Il y a beaucoup d’ingrédients dans cette recette de gâteau pour bien le faire, mais il y a aussi beaucoup de choses que les gens peuvent faire.

Il ne s’agit pas uniquement du personnel. Il s’agit de compétences, de parentalité, d’éducation, de culture. Et au fur et à mesure que notre monde évoluera et que les prochaines générations arriveront en voulant des choses différentes et en exigeant que nous pensions d’une façon différente, je pense que les choses changeront à un rythme de plus en plus rapide.

Nous sommes en train de prendre de la vitesse. Cela prendra de plus en plus d’ampleur tant que les dirigeants continueront de faire avancer ces idées.

Fernando : Sur le lieu de travail, en dehors du bureau traditionnel, il y aura plus de diversité.  Naturellement. 

Paula Kennedy : Vous devriez certainement voir plus d’opportunités de diversité, mais cela ne se produira pas simplement en ouvrant la porte, et dire « Maintenant vous ferez du télétravail » ne résout pas tout.

Culturellement, les entreprises doivent encore accepter que les polices mettent en place des processus qui soutiennent les personnes ayant des besoins divers pour donner à tout le monde la même chance de réussir.

Fernando : Nous avons parlé de votre activisme à propos de l’égalité hommes/femmes, mais il y a une chose que j’ai trouvé vraiment curieuse : vous faites partie du conseil de fondation de Brain Injury Matters. Alors, qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes investie dans cette cause ?

Paula Kennedy : Brain Injury Matters est une organisation caritative locale en Irlande du Nord qui n’est parrainée par aucun organisme d’État ou autre. Ils doivent donc travailler très dur pour maintenir leur niveau de financement et aider une catégorie de personnes qui ne s’attendaient certainement pas à subir un traumatisme grave ou une lésion au cours de leur vie, et dont les familles entières sont affectées. C’est une cause que je juge très importante. Cela ne m’est pas venu parce que ma propre famille aurait été concernée par ce problème, mais parce que je connais tout un réseau de personnes qui ont été affectées par une lésion cérébrale acquise, c’est-à-dire une lésion produite après la naissance, à la suite d’un accident de sport ou pour d’autres raisons ; même certaines maladies peuvent causer des lésions cérébrales et il n’y a pas les mêmes soins médicaux disponibles à long terme pour les familles qui en sont affectées. C’est donc une très, très bonne cause et je suis ravie de faire partie du conseil d’administration et d’avoir une influence sur la façon dont ils progressent dans leur réussite.

Fernando : Beaucoup de gens veulent soutenir une cause, et parfois ils sont critiqués parce qu’ils soutiennent telle cause alors qu’une autre est plus importante.

Par exemple, les gens soutiennent des causes animales et on leur dit, pourquoi ne soutenez-vous pas des causes pour défendre des personnes, des choses comme ça. Comment conseilleriez-vous à quelqu’un de trouver sa cause, ce qu’il aime soutenir ?

Paula Kennedy : Elles sont toutes importantes. Il n’y en a pas une qui soit plus ou moins importante que les autres, et c’est une chose très personnelle pour les gens de savoir à qui ils veulent faire des dons et parfois, vous savez, ce qu’ils veulent faire à un moment de leur vie peut changer et ils peuvent passer à une autre cause. Je pense qu’il y a tellement de causes formidables qui ont besoin de notre aide et pour lesquelles nous avons la capacité d’aider, que ce soit par des dons financiers, en donnant de son temps, en apportant son soutien, ou en s’opposant à des causes injustes.

Vous savez, c’est une affaire très personnelle. Il y a beaucoup de choses qui me passionnent et me sensibilisent. Je me suis retrouvée au conseil d’administration de Brain Injury Matters par hasard, mais cela n’enlève rien aux autres causes. Et je pense que beaucoup de gens agissent de la même manière, et nous sommes très « woke » en tant que culture à l’échelle mondiale, non ?  Je pense qu’il y a de plus en plus de sujets à traiter : cruauté envers les animaux, et « il ne faudrait pas manger autant de viande que nous le faisons actuellement », et « qu’est-ce qui se passe avec le climat » ? Ce sont tous des sujets majeurs, non ? Nous pourrions en faire un podcast qui durerait des semaines. Et ils sont vraiment, vraiment importants et tout aussi importants pour moi, parce que nous avons des familles et que les prochaines générations qui arrivent après nous devront vivre différemment.

Fernando : J’avais un sujet sur la conciliation travail/vie privée, mais maintenant on va parler de conciliation vie privée/travail. 

Paula Kennedy : Je vous remercie. Génial. 

Fernando : Je sais que vous aimez ce que vous faites et que vous ne pensez pas vraiment aux sacrifices que vous faites. Mais parfois, vous devez faire certains choix pour abattre une certaine charge de travail lorsque vous passez une grande partie de votre vie à voyager d’un aéroport à l’autre, comme travailler le week-end ou tard le soir.

Alors, quel est le prix à payer pour réussir dans le monde de l’entreprise lorsqu’on occupe un poste comme le vôtre ?

Paula Kennedy : Vous savez quoi ? Je ne veux vraiment pas y penser en terme de prix à payer. C’est une question d’équilibre, non ? Et il s’agit de savoir dans quel domaine vous êtes vraiment compétent et de vous entourer de personnes encore meilleures que vous pour vous aider dans vos réalisations.

Vous devez plus ou moins oublier votre intitulé de poste. Je veux dire, avec mon équipe, je suis vraiment bénie. J’ai une équipe qui est tout simplement fantastique dans ce qu’elle fait. Et vous savez, nous partageons les tâches et la charge de travail, et faisons ce que nous avons à faire.

Mais en fin de compte, c’est la famille d’abord. Je suis catégorique : j’aime ma carrière et je suis passionnée par ce que je fais, mais ma famille passe d’abord.

Donc, vous savez, dès que vous avez du temps libre, utilisez-le à bon escient, passez-le avec les gens que vous aimez, faites des choses qui vous rendent heureux. Si vous n’êtes pas heureux, quelque chose doit changer. J’ai beaucoup de chance d’aimer ce que je fais. Et vous avez raison, même si parfois on n’a pas l’impression de travailler quand on est au travail, il faut savoir quand s’arrêter et quand il faut passer, vous savez, à un mode différent. alors…

Fernando : Ouais, j’adore quand on n’a pas vraiment l’impression de travailler, c’est ce qui m’arrive en ce moment. Donc… Mais avez-vous déjà ressenti ou vécu une situation où le travail nuisait à votre santé ?

Paula Kennedy : Non, écoutez, vous savez quoi, il ne se passe pas une semaine sans un moment où vous êtes très occupé, non ? Parfois, c’est auto-infligé, surtout lorsque vous travaillez sur un projet vraiment passionnant comme Solv et que vous apportez quelque chose de nouveau sur le marché.

Il y a des idées fantastiques et géniales chaque jour, et je travaille avec beaucoup de gens très intelligents et brillants répartis dans le monde entier ; il est donc facile de s’emballer très vite et de se lancer à fond dans ce que l’on veut faire, et puis tout d’un coup, il est temps de rentrer chez soi, on s’aperçoit que la journée est passée. Cela fait partie du frisson procuré par ce que nous faisons ; être passionné par nos réalisations et se remettre constamment en question.

Mais vous devez aussi savoir quand vous atteignez votre seuil critique et connaître vos facteurs de stress. Vous savez, notre santé mentale est vraiment importante et de plus en plus d’entreprises, heureusement, prennent cela beaucoup plus sérieusement. Il ne s’agit donc pas seulement de moi personnellement, de connaître mes facteurs de stress, mais de considérer cela du point de vue de mon équipe et des gens autour de moi parce que nous travaillons tous à des rythmes différents. Et encore une fois, en tant que dirigeants, nous devons être conscients que nous ne bâtissons pas cet environnement où les gens qui travaillent pour vous pourraient penser, juste parce que vous êtes le patron, qu’ils doivent travailler au même rythme que vous.

Il faut donc savoir s’arrêter et s’assurer de prendre une pause et que les gens aient le temps de faire ce qui est important pour eux et qu’ils aient du temps libre. C’est vraiment important.

Fernando : Oui. J’ai vu ça. Cette attente que les gens puissent travailler « au même rythme que moi, suivez mon exemple ». Mais à mesure que votre équipe s’agrandit, vous commencez à réaliser que les gens sont différents en ce que leurs façons de travailler diffèrent… 

Paula Kennedy : Donc, recherchez les compétences. Oui. Recherchez dans quoi les gens excellent et concentrez-vous sur ces compétences et cet équilibre, et voyez comment les choses sont pour les autres et faites un bon mélange de tout cela au sein d’une équipe. Ne créez pas une armée de Paulas : cela pourrait être une équipe effrayante, non ?

Fernando : Peut être.

Donc, finalement, de manière pratique, comment évitez-vous le surmenage ? Vous repérez ces facteurs de stress ?  Est-ce que vous faites attention et prenez une semaine de congé, si vous sentez que vous êtes proche du surmenage ?

Paula Kennedy : Mon Dieu, j’ai probablement… j’ai probablement travaillé à distance et depuis mon domicile bien avant notre époque, car je fais cela depuis environ 15 ans.

J’ai voyagé et travaillé à distance. Donc, vous prenez un rythme, oui, vous pourriez être dans un avion et travailler un peu, mais en même temps, si vous passez toute la journée à travailler depuis chez vous, vous pouvez peut-être aller prendre un café avec des amis. Donc, vous savez que vous pouvez trouver un équilibre. J’ai dit que je faisais ça depuis longtemps, c’est probablement pourquoi cela ne me semble pas anormal, vous voyez ? Les choses que l’on met actuellement en œuvre à plus grande échelle, pour les effectifs du monde entier, je le fais moi-même, mais il s’agit de prioriser. Ce qui est important, c’est la famille, ma famille est à l’évidence la chose la plus importante dans ma vie. Donc. Elle vient en premier, et le travail sera toujours là.

Et vous travaillez pour des entreprises qui se soucient à ce point de leurs employés qu’ils peuvent dire « j’ai besoin de temps libre parce que j’ai des choses à faire. » Cela ne pose pas problème. C’est donnant-donnant, vous voyez ? Donc pour moi, c’est ça. Mais je me rends compte quand je ne suis pas efficace. Si j’ai trop voyagé, et pourtant je ne le fais même plus autant qu’avant, ou bien si j’ai travaillé très dur, il arrivera un moment où je ne serai plus efficace. Dans ce cas, on n’apporte pas de changement positif. Il faut s’arrêter, faire une pause. Par exemple en faisant un somme, en regardant la télé, en allant à la salle de sport. J’ai deux chiens, alors… 

Fernando : Vous savez, c’est intéressant parce que moi aussi, j’ai passé environ 15 ans à travailler à domicile avant de rejoindre Unbabel. Certaines personnes peuvent vouloir cette liberté, mais ne réalisent pas les défis posés par cette flexibilité et par le fait de devoir être responsable de son propre emploi du temps chaque jour. Comment gérez-vous votre temps ?

Paula Kennedy : Nous ne sommes pas esclaves du rythme de travail, peu importe ce que nous faisons. Je pense donc qu’il s’agit de la façon dont vous utilisez votre temps. Je pourrais simplement compartimenter le mien différemment au cours de la journée parce que je sais que si je ne termine pas quelque chose, je ne sais pas, disons avant seize heures, alors je pourrais le faire, pas comme si j’étais dans un bureau et qu’il fallait rentrer à la maison par les transports en commun ; je peux m’arrêter et je peux reprendre plus tard tant que cela fonctionne pour mon style de vie, vous voyez ? Et cela fonctionne. Mon mari joue beaucoup au golf, j’ai deux chiens, mes parents vivent un peu plus loin, donc je tente de trouver un équilibre entre tout ça et le travail. Il est intéressant de noter cependant que cette année, j’ai probablement passé plus de temps au bureau que les années précédentes, car nous avons créé Solv et travaillé sur place avec l’équipe, simplement parce que ce genre de mode d’incubation permet d’avoir des idées et de faire avancer les choses. Il y a donc eu un bon mélange de tout ça. Mais encore une fois, vous vous adaptez. Vous vous adaptez aux besoins qu’il y a à ce moment-là et à la planification. J’ai un TOC incroyablement génial. Je peux tout planifier en 30 secondes, donc j’ai un plan pour tout. C’est ça l’astuce ! 

Fernando : Vous semblez très disciplinée avec votre emploi du temps, parce qu’ensuite vous pouvez sans problème vous installer sur le canapé, regarder Netflix, et votre journée est terminée, non ?

Paula Kennedy : Non, ce n’est pas ce que je fais. Pas du tout.

Fernando : Chaque fois que je vous parle, systématiquement, je perçois l’enthousiasme et la vision d’un fondateur de startup. Comment ce modèle s’intègre-t-il dans une grande entreprise comme Concentrix ?

Paula Kennedy : Il faut que ce soit dans la bonne entreprise, Concentrix est entrepreneuriale de base. Je veux dire, nous sommes très ouverts quant à être audacieux et à révolutionner le marché. Cette culture existe, elle est profondément ancrée chez chaque membre de l’entreprise. Cela peut faire cliché, mais c’est vrai. Donc, aucune idée n’est une mauvaise idée.

Et quand vous pouvez aller voir les dirigeants de votre entreprise et qu’ils vous disent : « oui, allez-y, vous avez carte blanche », c’est génial. Oui. C’est de l’argent tombé du ciel. C’est fantastique. Mais ils peuvent aussi vous dire « Non, cette idée est nulle ». Dans ce cas, repensez vos idées. « Oui. D’accord. » C’est ce qui est important parce que toutes les idées de tous les jours ne sont pas forcément géniales, non ?  Et donc j’ai beaucoup, beaucoup de chance. Mon équipe, les gens de Concentrix, je pense qu’ils ont vraiment de la chance.

Chaque fois que nous lançons un projet ou que nous avons des séances culturelles, ou que nous rencontrons différents groupes de personnes, il y a cette énergie dans la salle du fait qu’on peut penser librement, essayer et réaliser des choses et, vous savez, il n’y a pas meilleur exemple que mes 12 derniers mois ; j’ai complètement changé de rôle, pris un concept, je l’ai mis sur le marché et l’ai fait fonctionner.

Et ça a été une année vraiment, vraiment passionnante à faire quelque chose de complètement différent. Et cela vous remet les pendules à l’heure. Cela vous redynamise car vous savez ce que vous pouvez faire d’autre, mais vous ne pouvez y parvenir que si vous travaillez dans une entreprise dont les dirigeants veulent entendre ces idées et les parrainer, les approuver et les soutenir stratégiquement. C’est fantastique.

Fernando : Et je suppose que pour avoir cela, cette confiance et cette approbation… … nous, dans notre manifeste de marketing, nous avons une ligne qui dit que l’exécution l’emporte sur les idées et, je suppose que vous êtes assez d’accord avec cela.

Paula Kennedy : Oui, les idées sont géniales tant qu’elles peuvent être réalisées et fonctionner, cela demande du dévouement, vous voyez ? Mais quand c’est votre bébé, vous allez le faire fonctionner, n’est-ce pas ? Oui. C’est grâce à cette détermination qu’on y arrive.

Fernando : D’accord. J’ai encore une autre question. Vous voyez-vous changer radicalement de carrière à l’avenir ?

Paula Kennedy : N’est-ce pas étrange que j’aie l’impression que, si vous m’aviez demandé cela il y a 12 mois avant que je commence, est-ce que j’aurais imaginé que j’allais créer et développer le projet Solv ?

Je vois cela, créer quelque chose de différent, comme un changement assez fondamental ou assez radical par rapport à ce qui était une entreprise de gestion de clientèle plus traditionnelle. Et c’est très, très rare. Je l’ai dit à tant de gens, je suis tellement privilégiée. C’est très, très rare d’avoir la chance de faire réellement partie d’un grand projet, de créer quelque chose qui aura fondamentalement révolutionné un secteur grâce à nous, quand nous regarderons en arrière dans quelques années.

Je veux dire, c’est fou, et j’ai tellement de chance d’avoir fait partie de ça ; donc je ne sais pas où ça mènera, mais oui, nous allons apporter d’autres bouleversement et être un peu plus radicaux. Gardez l’œil ouvert ! Il y a des choses passionnantes à venir en 2020 qui pourraient surprendre. 

Fernando : Vous continuez d’être relativement révolutionnaire, et dans une industrie mondiale.

Paula Kennedy : Oui, et nous venons juste de commencer. 

Fernando : Est-ce que vous vous voyez, je ne sais pas, retourner en Irlande, ouvrir un magasin de fleurs ou quelque chose comme ça ?

Paula Kennedy : Non, je ne suis pas prête pour le magasin de fleurs… pas encore ! Je vais peut-être venir à Lisbonne et faire du surf. Ça pourrait être radical.

Fernando : D’accord. Merci beaucoup Paula.

Paula Kennedy : Je vous en prie.

Fernando : C’était super de m’entretenir avec vous comme toujours, et j’espère vous revoir bientôt.

Paula Kennedy : Super, je vous remercie.

Fernando : Merci d’avoir écouté le podcast. Si vous voulez en savoir plus sur Paula et sur son prochain projet, suivez-la sur Twitter à @TweetPKG. Si vous avez aimé le podcast Unbabel et que vous ne voulez pas manquer de futurs épisodes, abonnez-vous sur votre application de podcast préférée. Et si vous nous aimez vraiment, vraiment, aidez les autres à trouver nos podcasts en laissant un commentaire ou en partageant cet épisode avec vos amis.


Cet épisode a été produit par moi-même, Raquel Magalhães, Raquel Henriques et Resonate Recordings.